Bretonne ? L’auberge de Jacques Thorel l’est assurément, mais pas seulement. Elle abrite au coeur de son patio un chef érudit, dont la curiosité est toujours en éveil.
Jacques Thorel n’est pas pressé. II avance à son rythme. II fut l’un des premiers à décomposer l’est assurément, ses entrées en une multitude de petites préparations. Ah ! Son cornet de glace aux huîtres, ses Saint-Jacques comme bardées de truffes, qui sont toujours à la carte... Aujourd’hui dans la force de l’âge, l’oeil amusé, il renvoie dos à dos les chefs qui "compliquent tout, alors qu ’on a passé notre vie à épurer" et ceux qui voient tout en noir : "les produits sont de mieux en mieux, même si, pour les poissons, on a un peu moins de choix". Et il parle en expert, lui qui n’aime rien tant que taquiner le bar à la ligne, perché en plein vent sur un rocher. "II faut rester calme", ajoute-t-il, "les cuisiniers racontent des histoires de produits rares". Et le voilà qui justement vous raconte une histoire, celle de ses fraises, de fraises de Bretagne cultivées pour lui par une dame du côté de Saint-Brévin...
À I’Auberge bretonne, son menu de printemps s’ouvre par des fruits de mer, pouces-pieds et coquillages. Puis, le baluchon de turbot à peine fumé et le boudin blanc de lapin qui associe épices et coquillages. Un grand moelleux pour suivre, avec la fourme d’Ambert, et sa brioche aux cerises. Mais il n’oublie pas tous ceux qui ne peuvent pas fréquenter trop souvent son restaurant. "Dans Trop bon et pas cher, qui vient d’être publié, je m’adresse aux gourmands qui ne se perdent pas dans le labyrinthe des rayons. d’hypermarchés où moi, je suis toujours perdu. Je mets mes secrets de cuisine au service de ceux qui aiment bien manger, mais qui ont peu de temps pour faire la cuisine. Je les guide pour utiliser astucieusement, et détourner parfois, des produits accessibles à tous - les produits du monde de l’industrie agroalimentaire - à travers de nouvelles recettes, comme la sucette pop-corn fromage ou la madeleine aux sardines à l’apéro. la chip’omelette ou les pommes confites au camembert" !
À l'origine, I'Auberge bretonne était divisée en deux : une crêperie et un matelassier l'occupaient sur la place du marché de La Roche-Bernard. Quand Jacques Thorel a pris les commandes des fourneaux en 1980, il a pris aussi celles de la cave, pierre angulaire de l'auberge. Les précieux flacons patiemment amassés sont aujourd'hui un trésor. En 1989 fut construite la nouvelle salle de restaurant autour du patio ainsi que 6 nouvelles chambres. Depuis 2004, les chambres du premier hôtel ont été entièrement rénovées et toutes les chambres de l'auberge honorent maintenant un artiste breton.